bOn AnniVerSaire ♥
" Je vous maudis, tous. Car le monde st laid et c'est vous qui l'avez fait. Vous vous êtes pressés autour de moi, vous m'avez entourée de mots doux et de sollicitude mais je ne voulais rien de cela. Je maudis les employés de ce cimetière qui portaient le cercueil de mon fils avec soulagement parce qu'au fond d'eux-mêmes, ils ne pouvaient s'empêcher qu'il était bien léger et que c'était moins fatiguant pour eux. Je sais que c'est ce qu'ils ont pensé même si rien en transparaissait sur leur visage et je les maudis d'avoir eu pareille pensée.
Je maudis ceux qui étaient là, dans la foule, et que je ne connaissais pas. Ils sont venus par une méchante curiosité et je souhaite que ce soit à leur tour de pleurer sur ceux qu'ils aiment. Je maudis aussi les mais et les pleurs sincères. Toute douleur qui n'est pas mienne, je crache dessus et je la foule aux pieds. Il n'y a de place, en ce monde, à cet instant, que pour les larmes de la mère. Tout le reste est obscène. Je les maudis tous. Parce que j'ai mal. Je chasse le monde. Je le chasse loin de moi. Que les prêtres qui ne disent que des inepties apaisantes se taisent ou qu'ils parlent vrai et évoquent la révolte de nos c½urs face à la pourriture d'un enfant, la révolte de mon ventre de mère face au regard crevé de celui qui m'a tété le sein. Je suis pliée en deux sur cette dalle de marbre et je bave de rage. Maudite soit-elle, cette pierre que je n'ai pas choisie et qui recouvre désormais mon enfant pour l'éternité. J'embrasse tout cela du regard et je crache par terre. Je ne viendrais plus jamais ici. Je ne déposerais aucune couronne. Je n'arroserai aucune fleur et je ne ferais plus jamais aucune prière. Il n'y aura pas de recueillement. Je ne parlerais pas à cette pierre, tête basse, avec l'air résigné des veuves de guerre. Je ne viendrais plus jamais parce qu'il n'y a rien ici. Pippo n'est pas là. Je maudis tous ceux qui ont pleuré autour de moi, croyant que c'est ce qu'il fallait faire en pareille occasion. Je sais, MOI, et je le redis : Pippo n'est pas là."
La porte des enfers.Laurent GAUDE